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dimanche, 22 juillet 2007
PROGRESSION
PREMIER TABLEAU
Combien de fois n’ai-je rêvé
De vous rencontrer au détour du chemin
Ne serait-ce que pour un bonjour anodin
Pour une vision de vous conservée.

Que n’ai-je ardemment souhaité
De vous savoir étendu près de moi
Ne serait-ce que pour un simple émoi
Pour un délicieux mirage inexploité.
Vous le dirais-je, aujourd’hui
Que vos yeux regardent dans ma direction
Que mon cœur se noie d’admiration?
Vous le murmurerais-je maintenant
Allongée près de vous, plus aimante
Au jour de nos noces que je ne le fus jamais?
DEUXIEME TABLEAU

Combien de fois n’ai-je rêvé
De caresser votre barbe naissante
Au matin d’une nuit caressante
Heureux et heureuse au soleil levé.
Que n’ai-je ardemment souhaité
Embrasser votre bouche tentatrice
Alors que vous parliez à l’auditrice
Que je suis lors de rendez-vous complotés.
Vous le dirais-je aujourd’hui
Alors que vos mains expertes parcourent
Mes sens entièrement acquis à vous?
Vous le murmurerais-je maintenant
Qu’en moi, enfin, éclate votre parfum
Au rythme de mes baisers aimants?
TROISIEME TABLEAU

Combien de fois n’ai-je rêvé
De la chaleur douce de votre bouche
Dans mon cou alors que je me couche
Indolente, frémissante et énervée.
Que n’ai-je ardemment souhaité
Sentir la caresse de votre corps brûlant
Attiser l’étincelle en moi flamboyante
Jusqu’à m’évanouir totalement transportée.
Vous le dirais-je aujourd’hui
Que je sens contre mon inimité humide
L’expression de la passion qui nous unie?
Vous le murmurerais-je maintenant
Dans le râle de bonheur qui s’échappe
De nos corps secoués d’une onde aimante?
15:34 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : amour, désir
samedi, 21 juillet 2007
DECEPTION
La virée à Saint-Brieuc n’apporta pas l’apaisement escompté, bien au contraire. Après avoir roulé au mépris des limitations de vitesses, les garçons sont arrivés à l’adresse indiquée alors qu’il est encore tôt. Ils garent leurs motos devant le bâtiment et grimpent quatre à quatre les escaliers jusqu’au cinquième étage. Arrivée sur le palier, ils frappent aux quatre portes donnant sur le palier, aucun nom n‘étant indiqué. Deux seulement s’ouvrent. Derrière la première vit une célibataire trentenaire, sans travail. Elle leur dit ne pas connaître ses voisins, ce qui, dans nos villes, n‘est pas rare. Derrière la seconde, se trouve un homme d’une cinquantaine d’année, déjà enviné. Il les renseigne avec force description sur ses deux autres voisins, glissant même quelques allusions graveleuses en direction de la « vieille fille revêche » d’en face. Carbu garde son calme avec difficulté, le temps s’éternise. L’homme leur propose d’entrer, au nom d’on ne sait plus quel jeunesse roulant, cheveux au vent sur sa moto. Carbu hésite et finit par accepter.
- Si cela ne vous dérange pas, je préférais un café, le coupe Carbu dans son élan. L’homme, un peu déçu, arrête son geste alors qu’il sortait une bouteille étoilée de son buffet en formica blanc.
- Et, ça ne vous dérange pas si je m’en sers un?demande-t-il tenant sa bouteille entre ses doigts rouges.
- Faites ce que vous voulez! Nous, ce que l’on veut c’est savoir si vous pouvez nous dire où se trouve ce Joël que vous prétendez connaître! s‘énerve Jean.
- Vous ne voulez plus de café, alors? enchaîne l’homme sans répondre à la question qui lui est posé. Puis, sans rien ajouté, il sort du salon pour rejoindre sa minuscule cuisine à l’américaine. Carbu n’a pas confiance en ce bonhomme, il le suit. Au lieu de se diriger vers la cafetière posée en évidence sur la table deux places calée entre la cuisinière et le mur, l’homme se saisit de son téléphone et compose un numéro sur le cadran à touche. Carbu bondit sur l’homme et lui arrache le téléphone des mains. Il porte le combiné à son oreille, une voix masculine se fait entendre:
- Allo? Allo? Qui est … Merde! et le clic d’un combiné qui retombe sur son socle. Carbu reconnaît immédiatement la voix de Joël. De colère, il se tourne vers le quadragénaire qui n’en mène pas large, et le coince entre le frigo et lui-même.
- Où? se contente-t-il de demander.
- Juste en dessous, au quatrième, du même coté! souffle l’homme qui ne se sent plus très bien. Les motards sont déjà dans l’escaliers, quatre à quatre, ils dégringolent jusqu’aux quatrième. Leurs bottes de motos font un bruit inquiétant qui se répercutent dans tout le bâtiment. Le premier n’est pas encore arriver qu’une bruit de porte que l’on ferme brutalement résonne, suivit d’une cavalcade dans l’escalier. Sans chercher à comprendre carbu se lance à la poursuite de celui qui s’échappe, ce ne peut être que Joël!
Jean, pendant se temps, se dirige vers l’appartement de Joël. Christophe et Armel l’accompagne alors qu’Éric et William s’élancent à leur tour dans l’escalier.
Joël est déjà dans la rue, il se rue sur sa moto et démarre. Il sort précipitamment du parking. En passant devant les motos de Carbu et ses amis, il leur donne un grand coup de pied. Les motos qui n’étaient pas sur béquilles ventrales s’écroulent comme un château de cartes. Carbu n’a pas le temps de relever la sienne que déjà la circulation avale Joël. Il pousse un cri de rage! S’il l’attrapait à ce moment précis, il est fort à parier qu’il l’étranglerai de ses propres mains. Éric et William qui arrivent juste derrière lui, ne peuvent que constater leur impuissance devant cette anguille qui finit toujours par leur échapper!
Jean a réussit à entrer dans l’appartement. Daniel, le frère aîné de Joël les accueille très gentiment. Son allure est plutôt avenante, bien qu’il soit trapu et tout en muscle. Jean reste sur ses gardes, il ne peux pas faire confiance au frère de son ennemi.
- Alors, les gars? Qu’est-ce qu’il a encore fait le p’tit frangin? lance sans préambule Daniel en se laissant tomber dans le canapé du salon, canapé qui avait du connaître des jours meilleurs mais qui, aujourd’hui, hésitait fortement à rendre l’âme. Il grinça, soupira sous le poids du jeune homme. Jean se refusa à lui faire plus de mal et resta debout.
- C’est, entre autre au sujet de Christel!
- Entre autre? C’est-à-dire? Qu’il y aurait d’autre sujet que cette pauvre fille?
Armel s’avance au centre de la pièce, il fait, soudain, plus sombre. Avec ses un mètre quatre-vingt quinze pour cent cinq kilo de muscles, il impressionne! Il se pointe devant Daniel qui ne sourcille pas, visiblement la vue de ce mastodonte devant lui n’éveille aucune peur en lui. Il reste les bras croisés, le fixant sans gène droit dans les yeux.
- Il se trouve que ton frère à bousiller la vie de mon pote!
- Et il a fait ça comment, le p’tit frangin?
- L’a dénoncer au stup!
- Oh! C’est pas beau du tout! Il n’a pas fait ça!
Visiblement, la situation amuse énormément Daniel qui ne s’inquiète nullement des suites probables de la conversation. Armel n’est pas patient de nature, et déteste cordialement les mouchards, il n’est pas disposé à se laisser ridiculiser par ce nain tout en muscle. Il fait un pas vers Daniel, mais il est aussitôt arrêté par Carbu qui vient de réapparaître.
- Ce n’est pas la peine de te créer des problèmes pour ce gnome!
Une sirène de gendarmerie interrompt la conversation, une voiture s’arrête devant le bâtiment en travers du parking, comme s’ils s’étaient très pressés.
Bruit de bottes dans l’escalier, un palier, puis deux, encore un troisième. Le doute n’est plus permis, c’est bien au quatrième que se rendent les forces de l’ordre. On frappe à la porte pourtant restée grande ouverte.
- Entrez! lance Daniel du salon.
Un homme d’un quarantaine d’année suivit d’un plus jeune, tout deux en uniforme, pénètrent dans la pièce envahie par les jeunes motards.
- Tout va bien, Daniel? demande le plus âgé des deux gendarmes.
- Ah, d’accord! murmure Carbu entre ses dent. Je vois! Allez les gars, je crois que notre réunion de famille tire à sa fin! Nous n’organiserons pas la prochaine consente à Noyal-Pontivy avec le moto-club de Saint-Brieuc, c’est tout! On te laisse! Mais je ne te conseille pas de venir te pointer chez nous sans ton escorte! conclu Carbu avant de quitter la pièce.
Le retour à Noyal-Pontivy est lugubre. Chacun broie du noir! Ils ont au fond d’eux une irrésistible envie de faire du dégât, en découdre avec ce Joël de malheur!
20:16 Publié dans redaction | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : PONTIVY, QUERELLE
dimanche, 15 juillet 2007
Margaret
Un petit intermède pour parler, à mots couverts d'un événement survenu chez moi, une tristesse de plus dans la vie. Je voulais, par le truchement de ce blog, rendre hommage à cette gentille victime que je connaissais; mais aussi à toutes les victimes de part le monde, toutes celles qui ne demandaient qu'à vivre!
Le souffle court!
La première chose que l’on remarque chez elle, ce sont ses longs cheveux blonds et frisés qui lui tombent en cascade sur ses frêles épaules.
Puis sa démarche difficile interpelle l’attention. Ses longs cheveux balayent son dos au rythme de la claudication dans un mouvement de balancier irrégulier.
Margaret peinait sur les pavés qui, aujourd’hui, décorent tous les trottoirs des villes. Quelle idée saugrenue!
Son pas racle le sol inégal, elle doit faire très attention à ne pas tomber. Deux chutes cette semaine en rentrant, c‘est bien suffisant!
A chaque fois, ses joues pâles viraient au rouge, elle avait tellement honte de son handicap!
Margaret se dit qu’elle doit passer à l’épicerie avant de rentrer, elle n’a plus de jus d’orange pour le petit déjeuner. Perdue dans ses pensées, elle avance, son pied butte encore. Margaret soupir! Cela ne s’arrêtera jamais!
De ses grands yeux marron surchargés de bleus, elle regarde la rue, les vitrines, les gens. Elle regarde tant qu’elle le peut encore. Bientôt, son médecin l’avait averti, elle deviendrait aveugle. La maladie avance sournoisement en elle.
Que peux faire une jeune femme de vingt-quatre ans aveugle, ne pouvant ni marcher correctement, ni faire quelque chose des ses dix doigts?
La nature a été bien cruelle envers elle! Chaque heure, chaque minute qui passe, elle maudit la génétique qui l’avait réduite à ce qu’elle est aujourd’hui. A l’annonce de sa cécité prochaine, Margaret avait cru devenir folle. D’ailleurs, elle l’était devenue!
Sa pharmacie recelait assez de médicament pour tuer un cheval! Elle avait avalé des tas de médicaments, les choisissant au hasard. Si le cheval mourrait dans son délire, Margaret, dans la vie de tous les jours avait été sauvé et avait passé un mois complet dans une unité psychiatrique. On l’avait mis dehors, avec deux ou trois anxiolytiques, des rendez-vous chez un psychiatre et des bons conseils pour l’avenir. Les gendarmes l’avaient entendu, mais étaient resté discret. Elle les en remerciait encore.
Pourtant ce n’est pas dur de comprendre que la seule chose qu’elle désire: c’est être normale, avoir un mari pour s’occuper d’elle, une maison où elle serait protégée, mais pas d’enfants, elle ne voulait pas leur faire subir ce que sa mère lui avait fait subir. Elle ne voulait pas faire souffrir des enfants comme souffriront ses neveux et nièces. Sa sœur avait été bien égoïste de mettre au monde des bouts de vie en sachant ce qu’ils devraient affronter tout au long de leur existence. En sachant qu’ils finiront au mieux dans un fauteuil, au pire, comme elle, aveugle et recluse!
La pharmacie! L’épicerie est en face. Rapidement, Margaret traverse la rue, les passages pour piétons sont aussi pavés. Ses chaussures neuves vont encore en avoir les marques. Elle pénètre dans le magasin sans s’arrêter, les portes s’ouvrent automatiquement, quand elles ne sont pas, tous simplement, ouvertes en grand.
Elle passe devant la caisse, le gérant est là, il lance un bonjour sans sourire, elle lui répond en souriant. Ce n’est pas qu’il soit méchant, il ne sourit pas c’est tout! Il suffit de le connaître, et Margaret le connaît, à force de le voir. Sa femme est dans les rayons, elle discute avec une cliente. Autant l’homme est taciturne, autant la femme est accueillante, toujours un petit mot gentil pour ses clients et surtout un grand sens de l’écoute. Jamais, elle ne s’était permise de la juger pour le geste insensé, elle lui avait simplement dit de venir la voir quand elle ne se sentait pas bien, qu’elle prendrait le temps de lui parler.
C’est pour cela que Margaret aimait discuter avec elle. C‘était aussi une des rares commerçantes à avoir pris de ses nouvelles quand la force de vivre l’avait abandonné.
La jeune femme rend le signe que la gérante vient de lui adresser. Elle aurait aimé que la quadragénaire ait le temps de parler avec elle. Mais visiblement, l’autre cliente ne la lâchait pas, elle parlait sans même remarquer que la gérante ne l’écoutait plus et tentait d’approcher la jeune fille.
Mais Margaret a promis de rentrer tôt, sa sœur doit l’appeler, peut-être mangeront-elles ensembles? Alors, avec un léger regret, elle quitte le magasin, son jus d’orange sous le bras.
A peine a-t-elle franchie le seuil de son appartement, que le téléphone sonne. Margaret se précipite et le décroche juste avant que le répondeur se mette en marche.
- Allo?
- Margaret?
- Oui!
- Tu es d’accord pour venir manger avec nous? Je sais que tu ne t’entends pas très bien avec Jo, ces derniers temps, mais ça me ferait plaisir.
- Pas de problème! Je suis là dans une heure, le temps de me changer, ça te va? Les enfants vont bien?
- Oui, ça me va et oui, les enfants vont bien! Je t’attends dans une heure! A tout de suite.
- A tout de suite.
A l’autre bout, sa sœur a déjà raccroché, Margaret regarde son combiné téléphonique comme s’il était devenu un instrument étrange et maléfique. Puis se lève brusquement, met son jus d’orange dans le réfrigérateur et se précipite dans sa chambre. Une douche rapide, il a fait chaud aujourd’hui, une tenue propre et elle est prête! Elle claque la porte derrière elle, la ferme à clé et se rend chez sa sœur.
Brian l’intercepte dans la rue.
- Margaret?
- Brian? Qu’est-ce que tu fais là, je te croyais retourné chez toi?
- J’avais envie de te voir, tu me manques?
- Je n’ai plus d’argent! Tu le sais!
- Allez, s’il te plait! Juste dix ou vingt, pas grand-chose!
- Je te dis que je n’ai plus rien! Je t’ai déjà tout donné! Je n’ai plus rien! Laisse moi tranquille! Je vais manger chez ma sœur!
Brian quitte Margaret à l’approche de la maison cossue. Il ne veut pas risquer de se retrouver nez à nez avec le beau-frère de sa future petite amie.
La soirée est délicieuse et Margaret a presque oublié cet empêcheur de tourner en rond de Brian. Elle discute tranquillement avec sa nièce, Abigaïl, des futures études de cette dernière. Rien ne trouble ce moment, sauf la sonnerie agaçante du téléphone. C’est pour Margaret!
- Allo? Ah! C’est toi! Qu’est-ce que tu veux?
La conversation est courte, Margaret raccroche.
- Désolée, je dois y aller, lance-t-elle à la ronde.
- Mais tante Margaret…commence Abigaïl.
- Je reviendrai demain, et nous finirons notre conversation, promis, ma chérie.
Margaret dépose un bisou sur la joue de sa nièce et quitte la maison.
C’est la dernière fois qu’Abigaïl verra sa tante vivante!
Un appel anonyme signalera une femme en détresse au 5, rue de la rose trémière. A son arrivée, l’adjudant-chef Chan ne pourra que constater le décès de la jeune handicapée. Elle a été assassinée de sept coups de couteau dans le torse, quatre dans le dos, trois devant.
L’homme coupable de ce crime sera appréhendé quelques jours plus tard.
Son motif: Aucun d’après lui.
La drogue selon la police.
Son enfance malheureuse selon les psychiatres
Il n’a pas fait ça, selon sa famille.
Pourtant, Margaret est morte, ses grands yeux marron ne deviendront jamais aveugle, son pas ne buttera plus sur les pavés de la petite ville.
Sa nièce ne finira jamais cette conversation entamée avec sa tante, d’ailleurs depuis la découverte du corps, elle ne parle plus.
Qui nous rendra cette jeune fille au cœur pure qu’elle était, qui n’hésitait pas à ouvrir la porte à moins malheureux qu’elle?
Comment gère-t-on ce genre de mort quand on est de l’extérieur?
Juste un petit texte en mémoire de Valérie, morte mercredi 4 juillet 2007 de sept coups de couteau, jeune fille discrète qui n’a eu que le tord d’ouvrir sa porte à la mauvaise personne.
20:01 Publié dans intermède | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : victime, douleur, amitié
samedi, 07 juillet 2007
JEAN
Dans le froid matin de cette fin d’hiver, cinq machines ronronnent dans la cour de Gaston. Le givre se déposent sur les champs devant la maison, enveloppe les jeunes motards de son aura étrange. La fumée qui s ‘échappent, enfin libre, des pots d’échappement s’unit à cette blancheur. Ces amateurs de sports mécanique en général et de motos en particuliers ne se réunissent pas aujourd’hui pour un départ vers un quelconque grand prix. Tous avaient répondu à l’appel de Carbu!
Christophe, Éric, William, Jean et Armel n’avaient pas hésité une seconde lorsque Didier était venu les trouver, au début de la semaine. La raison de l’accompagner n’étaient pas la même pour tous, mais peu importe!
Christophe et Armel sont deux anciens camarades de lycée à Christel et ont du mal à accepter qu’elle soit entre les mains d’un type comme ça. Bien sur, leur première réaction avait été de se dire qu’après tout, elle était grande et majeur, qu’elle savait mieux que tout le monde ce qu’elle faisait. Puis peu à peu, ils s’étaient rangés à l’opinion de Carbu, craignant que ce dernier ne fasse une bêtise
Éric et William avaient suivi parce qu’ils envisageaient une bonne bagarre!
Quant à Jean, il avait un passif à régler avec Joël. Il tenait Joël pour responsable de ses malheurs actuels. Il n’y a pas si longtemps que ça, Jean était ce qu’on appelle « un jeune homme plein d’avenir »! Il travaillait dur en fac de Droit avec l’espoir de devenir, un jour, avocat criminaliste au barreau de Paris.
Ce mois de mai là, il s’en souviendra toute sa vie. Il travaillait à ses révisions avec des amis, comme lui, utopistes et peu conscient du monde extérieur. Issue d‘une famille bourgeoise pontivyenne, il avait reçu une éducation catholique stricte. Gentil, serviable, il avait aussi oublié d’être moche. De beau cheveux blond, un teint mat et des yeux noisette, un sourire à décrocher la lune, plus d’une s’étaient perdues dans l’espoir qu’il la remarque. Et il n‘avait d‘yeux que pour son amie de toujours: la jolie Caroline, issue elle aussi d‘une bonne famille de la région de Pontivy.
Tout lui souriait jusqu’à cette soirée de révision.
Cela faisait plusieurs heures que les six amis bachotaient leurs partielles, quand, l’un d’entre eux, plus personne ne se rappelle le quel, demanda une pause. Demande qui fut accueillit d’un hourra révélateur de leur fatigue. Ils commandèrent une pizza et sortirent quelques bières du frigo. La pizza venait d’arriver, ils s’apprêtaient à lui faire sa fête en moins de temps qu’il ne faut pour le dire quand, Georges, le nouveau venu à la fac, leur proposa de fumer un petit joint. La proposition fut accepté très rapidement. Ce n’était pas la première fois qu’ils se détendaient avec ce genre de produit. Jamais, bien que sachant la consommation de drogue prohibée, ils étaient bien placés pour cela, ils n’auraient pensé que ce petit geste pu avoir de telles conséquences sur leur vie. Il y avait un fournisseur officiel à la fac et ils ne se fournissaient qu’à lui. Ils auraient d’ailleurs fait appel à ses services si Georges ne les avait pas interrompu
- Je connais un type qui vend vraiment de la bonne, bien meilleur que celle de cet arnaqueur de Fred!
- Oui, mais Fred, on le connaît! On sait que l’on ne cour aucun risque avec lui! s’interposa Jean.
- Pas de risque! C’est ton créneau! Pas de risque, pas de frisson, rien qu’une vie triste et banale! Tu auras bien le temps de t’encroûter dans la vie, quand tu seras marié et avec une ribambelle de gosse à élever! se moqua Georges. Allez, un peu de courage que diable, ce n’est pas parce que tu vas acheter ta barrette à un autre fournisseur que ta vie va s’écrouler!
- Tu le connais depuis longtemps, ton gars! insista Jean, pas très rassuré.
- Chineux? Depuis toujours! ria Georges.
- Et ton « depuis toujours » se mesure en combien de temps, pour être précis?
- On s’est connu le week end dernier, au fest noz de Cléguérec!
- Mouais!!! C’est un peu court, il me semble.
- Bon, vous allez discuter longtemps encore? s’énerva Patrick. On a des révisions à terminer!
- Ok! Va en chercher! finit par céder Jean.
- Je l’appelle et il livre à domicile!
- Non ? Tu ne vas pas lui donner mon adresse en prime? s’inquiéta Jean.
- Vous n’allez pas recommencer! s’interposa Jérémy. Moi, je me tire si ça continue! Je vais bosser tout seul dans ma piaule!
- Jean? On fait quoi? demanda Georges.
- Faites ce que vous voulez, je ne veux rien savoir et pas d’ennui!
Ce qui fut dit fut fait! Enfin presque!
Chineux se pointa quelques minutes plus tard, Jean se fera la réflexion, plus tard, que le bonhomme devait être à attendre sous la fenêtre, vue la rapidité à laquelle il avait pointé le bout de ses camarguaises. L’homme ne lui fit pas bonne impression. Les cheveux longs et sales dégoulinaient sur un cuir qui avait connu des jours meilleurs, un jean qui n’avait pas du être quitté depuis plusieurs lunes, des mains aux ongles noirs, non, décidément l’homme ne lui plaisait pas. Il n’avait qu’une hâte: qu’il s’en aille! La transaction se déroula sans problème majeur. Chineux sorti la marchandise d’un casque que Jean n’avait pas remarqué. La seule pièce de l’individu qui semblait être propre, bien que l’intérieur devait laisser à désirer vu l’état des cheveux.
Jean recommença à respirer qu’une fois l’individu parti.
- Tu vois, il n’y avait aucune raison de se faire du soucis, tout c’est bien passé! pérora Georges.
- Oui, mais je n’aime toujours pas ça! alors à l’avenir, tu éviteras de faire venir qui que ce soit chez moi sans m’en avoir parler auparavant! rétorqua Jean d’un ton sec.
Pendant cette petite altercation, les autres avaient commencé à préparer leur pétard. Au moment où Fabrice allait mettre le feu à son cône, de grand coups résonnèrent contre la porte d’entrée. Le cœur de Jean s’arrêta! Tous se regardèrent, inquiet, et les têtes se tournèrent vers Georges. Ce dernier se sentit vraiment mal!
- Brigade des Stups, ouvrez s’il vous plait!
Jean sentit la terre s’ouvrir sous ses pieds, son monde s’écroulait. Ils ne tentèrent même pas de cacher la drogue, ils avaient tout de suite compris à qui ils devaient cette descende. Jean ouvrit la porte, il avait les mains moites, le cœur lui battait dans la bouche, la sueur perlait sur son front. Un homme en civil était devant lui et lui présentait une carte d’identité rayée de bleu, blanc et rouge. Jean déglutit avec difficulté.
- Oui?
- Jean D. nous savons que vous êtes un revendeur de drogue, nous allons perquisitionner votre appartement. Laissez-nous passer et n’opposer aucune résistance s’il vous plait.
Jean se recula et se laissa tomber sur une chaise, il psalmodiait: « Revendeur de drogue » comme une mauvaise mélodie. La perquisition fut très rapide, les inspecteurs trouvèrent de l’herbe et des barrettes de marijuana sur le bureau de Jean, ils embarquèrent tout le petit monde au poste, pour interrogatoire!
Il fut rapidement reconnu que Jean n’était absolument pas le revendeur de drogue auxquels les inspecteurs s’attendaient et ils remirent les six amis dehors sans plus de ménagement. Malheureusement, en court de route, les parents avaient été prévenus. Pourquoi alors qu’ils étaient tous majeurs? Jean ne le sera jamais!
Mais son père ne lui pardonna jamais d’avoir goûter ce genre de produit et lui coupa les vivres sur le champs. Et, bien que Jean fût reçu à ses partielles avec mentions et chaudes recommandations de ses professeurs, il abandonna ses études. Caroline ne supporta pas le « terrible » déshonneur et le laissa tomber pour un garçon qui avait encore toutes ses chances. Aujourd’hui, Jean travaille comme juriste dans une entreprise de fenêtre et ne rêve plus!
Tout serait resté en l’état si, quelques semaines plus tôt, Jean n’avait appris que Joël savait parfaitement ce qu’il faisait. Il avait juste voulu se faire des gosses de riche! Jean entra dans une colère noire, dévastant tout son appartement. Si Carbu n’était pas arrivé à ce moment là, il ne sait pas ce qu’il aurait fait, sûrement une bêtise!
- Mais tu te rends compte? Il voulait se faire des gosses de riches! J’ai tout perdu parce que ce fumier voulait se faire des gosses de riches! hurlait Jean. C’est pourquoi, ce matin, Jean avait pris sa moto et attendait dans cette cour, avec les autres que Carbu soit prêt.
Le jeune homme embrassa une dernière fois Christel et quitta la maison de Gaston. Les moteurs rugirent une dernière fois et les unes derrières les autres, elles prirent la direction de Saint-Brieuc.
Alors qu’elle les regardait partir de la fenêtre du salon, Christel demanda au père de Gaston:
- Pourquoi font-ils ça? Je suis là maintenant!
- Ils ont tous une bonne raison de le faire, c’est tout ce que je sais!
20:05 Publié dans redaction | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : motards, inimitié, risque
dimanche, 01 juillet 2007
BIPOLAIRE
Inimaginantes compagnes de mes espoirs
Paressantes, là, sur mon front qu'elles plissent
Ôtant les couleurs durement emmagasinées
Le temps de leurs agréables absences
Allant de leurs larges et obscures ailes déployées
Irritantes missionnaires descendant vers les falaises
Raisonnant sur un reste de ma conscience
Étonnante dans le tumulte de ma défaite.
Bruissement caractéristique du fléau vague
Intendant sourd qui bientôt possédera mon âme
Perturbant la perception de la réalité
Oblitérant mes illusions en vérité
Lardant mes contradictions à coup d'oublies
Appelant mes pires angoisses par des cris
Imitant à la perfection mon hystérie
Repoussant les frontières de mon assise
Entraînant mes certitudes vers les précipices.
Balancement entre traîtrise et tendresse
Impénitent prônant l'ordre de la détresse
Pertinent ailleurs qui ne se peut être sans moi
Obsédant création spiralienne du désarroi
Lancinante ré-invention des tons sous mes pinceaux
Autant de pleurs et de peurs estampillés du sceaux
Impertinent des milles et une questions inutiles
Rassurant le commun des mortels versatiles
Embrassant ma raison de leurs ailes noires.

14:34 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : bipolaire, maladie, poésie


