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samedi, 24 novembre 2007
L'amour à mort
Le train entre en gare de Versailles chantier, Christel redresse la tête et regarde par la fenêtre. Personne ne l’attend sur le quai. Où avait-elle la tête quand elle s’est imaginée retrouvailles et embrassades dans cette grande gare de la région parisienne.
Elle saisi son sac à dos, et sort précipitamment de son wagon. Ses frères lui ont dit de se rendre sur les quai « banlieue » et de prendre le train direct pour Chartres et descendre à Rambouillet. Fatiguée et perdue, Christel monte l’escalier qui donne sur la salle des pas perdus. Un gigantesque tableau l’y attend. Elle consulte les horaires et les numéros de quai. Il se trouve qui lui faut redescendre l’escalier précédemment grimper. Elle soupir! Mon dieu! Pourquoi a-t-il fallu qu’il insiste autant? Elle aurait accepté de dormir accrochée à sa moto, dans le garage s’il lui avait demandé! Elle aurait dormir sous une tente dans le camping de Toul boubou, s’il avait accepté. Pourquoi croyait-il donc qu’elle aurait plus de chance dans cette banlieue ouest?
Ces questions n’avaient cessées de tourner dans sa tête depuis son départ de Vannes.
Elle avait pleuré, un peu, en cachette, elle ne voulait pas qu’on l’a voit ainsi. Elle avait essayé de dormir, mais le visage souriant de Carbu voyageait dans sa tête. Elle le voyait partout!
Le contrôleur avait un petit air de Carbu, non? Et le jeune homme assis à l’autre bout de la banquette, ne possédait-il pas le défaut de prononciation de l’homme qu’elle aimait?
Non, il lui fut impossible de fermer l’œil.
Maintenant, elle se hisse dans le train gris qui la conduit auprès de sa famille. Ce n’est pas qu’elle ne les aime pas, bien au contraire! Mais c’est l‘éloignement qui lui fait mal.
Rambouillet, toujours personne sur le quai, ses frères ont du l’oublier. C’est une habitude, depuis quelques temps!
Elle sort de la gare, et ils sont là, hilares. Elle peine à reconnaître le grand des deux adolescents devant elle. Il a tellement grandit, son petit frère, depuis qu’elle les a quitté. Ils blaguent, la chahutent, l’aident à porter son sac. Elle respire un peu. Ils descendent la rue, Christel les suit, somnambule en plein jour. Tout tourne dans sa tête. Et si Carbu avait raison? Non, elle ne peut l’envisager!
Les jours s’écoulent, plus ou moins heureux, au gré des nouvelles de son hommes resté en Bretagne. Elle cherche du travail, elle n’a pas les diplômes demandés. C’est difficile, mais elle s’est promis d’y arriver.
Le temps s’écoule avec son lot de déception Non, il ne pourra pas venir ce week end, la moto est en panne. Le week end suivant.. Ce n’est pas possible non plus, bébé!! Tu sais bien que c’est la concentre. Je suis désolée, je l’avais oublié. Mais tu me manques, j’ai besoin de te voir. Je sais mon bébé, moi aussi je veux te voir. Essaye de descendre à Rennes dans trois semaines, je pourrais allé te voir.
Ça coûte cher, et je n’ai pas beaucoup d’argent. Bébé, tu veux que je t’envois le prix du billet de train? S’il te plait, oui.
Ils se voient une fois, deux, puis trois, c’est peu en six mois. Christel n’y tient plus, elle veut être auprès de lui.
Il y a une semaine de ça, un ami, rencontré à Toulon, a sonné à sa porte. Elle était si heureuse de le voir!
Il a une voiture, il pourra l’emmener en Bretagne, elle fera une surprise à Carbu. Il aime les surprises, il sera heureux à son tour.
Ils s’organisent, le week end suivant, il n’a rien à faire, il accepte.
Christel est aux anges! Elle se prépare, elle a du mal à ne pas prendre le téléphone et prévenir Gaston de leur arrivée.
Samedi matin, il est à la porte. Elle jette son sac dans le coffre et s’assoie, heureuse dans la voiture. Il pleut en cette fin de mois de juin, mais qu’importe, pour elle, le temps est secondaire.
Le voyage se déroule sans encombre. Ils sont à Pontivy. Mais où va-t-elle le retrouver? Ils n’ont pas rendez-vous.
Premier bar, ils ne sont pas là, second, absents et pas passés ce matin. Soudain, elle a une illumination: le parking du supermarché!
De loin, elle aperçoit un groupe de motards, ils sont là.
Son cœur s’affole, elle reconnaît sa stature, son blouson, ses ami( e )s. Et elle qui vit loin de tout ça! La jeune fille veut être en leur compagnie, elle veut vivre leur vie, partager leur bonheur, partager leur galère. Déjà, elle maudit le jour où elle a accepté de partir. Elle maudit le jour où elle a eu cette idée saugrenue de rentrer chez sa mère.
L’ami providentiel se gare non loin du groupe de motards. Christel gicle littéralement de la voiture, puis s’immobilise, statufiée!
Carbu est là, près de sa moto. Il est comme dans ses souvenirs, si beau à ses yeux, si grand, si rassurant, si… Si…Si près de la petite brune qui sourit bêtement. Elle n’est même pas jolie! Pourquoi son bras à lui est autour de sa taille à elle?
C’est un cauchemar! Christel avance vers le groupe de motards, personne ne semble l’avoir remarqué. Hésitation, doit-elle continuer?
Il tourne la tête, la voit, son bras s’écarte de la taille de la jeune fille. Celle-ci, surprise, le regarde, incrédule. Christel sent son cœur se serrer dans sa poitrine, il va s’éteindre, il ne peut en être autrement.
Tous tourne la tête, le groupe la reconnu. Des mains se lèvent pour lui souhaiter la bienvenue. Elle ne peux plus reculer. Bravement, Christel relève la tête, assure son pas et son sourire, et s’approche.
- Salut tout le monde! Lance-t-elle à la cantonale.
- Ben, qu’est-ce que tu fais là? Demande Gaston.
- J’avais une occasion pour descendre, alors je l’ai prise. J’avais envie de vous revoir.
Elle sourit autant qu’elle le peut, mais ses lèvres lui font horriblement mal. Tous se réunissent autour d’elle, tous sauf lui! Il reste à l’écart, les yeux braqués sur ses bottes. Comme la douleur est grande en ce moment! La jeune femme prend son courage à deux mains, sépare le groupe et se plante sous le regard de Carbu. Elle désire se la jouer grande dame, même si sa tête explose, même si les larmes se poussent aux bords des yeux, même si sa vie vole en morceau.
- Bonjour Carbu, tu vas bien?
- B’jour, ça va. Il parle doucement, presque à voix basse.
- Qui est-ce? Christel se mord la langue, elle aurait tellement voulu être capable de se taire, de cacher sa peine, et voilà qu’elle dérape à la deuxième phrase.
- Je sors avec elle.
- J’avais remarqué.
- Tu sors bien avec ce type!
- Non, il m’a juste emmené. Je t’aime toujours, moi!
- Et tu crois que je ne t’aime plus?
- Tu ne me le prouves pas vraiment!
- Tu habites loin, je ne te vois jamais!
- Et tu ne peux venir me voir?
- Tu crois que j’ai que ça à faire?
- Non, ce que je vois, c’est que tu t’es vite empressé de m’oublier pour une autre. Tu me jurais l’amour éternel et…
Les larmes envahissent sa voix, elle a du mal à parler.
- Excuse-moi, Carbu, je ne voulais pas. Je suis désolée, c’est sur, je suis loin. Je ne peux t’obliger à rien. J’espère que tu seras heureux.
- Arrête! Tu t’en moques bien que je sois heureux ou pas! Tout ce que je vois, moi, c’est que tu te plais bien à Paris et que tu n’as pas l’intention de revenir. Tu m’as oublier toi aussi!
- Tu es injuste, Carbu. Je travaille pour pouvoir revenir, je t’appelle, je t’envois des lettres, je te téléphone, je veux revenir avec toi. Tu n’as pas de droit de dire que je t’ai oublié.
- Je n’ai plus rien à te dire! Je ne veux plus t’entendre! Rien ne te fera rentrer en Bretagne, je le sais!
- Mais…
- Bonne après-midi, Christel.
- Carbu… Didier…
Sa voix se casse, elle est mortifiée. La colère bientôt remplace l’incompréhension. Décidée, elle retourne vers les jeunes hommes qui dévissent de choses et d’autres.
- Bon, les gars, je resterais bien discuter avec vous, mais j’ai autre chose à faire. Passez un bon après-midi!
Les motards la regardent totalement incrédule. Ils n’ont rien compris à la scène qui vient de se dérouler devant eux.
Christel prend son compagnon de voyage par le bras et le mène à la voiture. Elle tourne le dos à son passé, à sa peine. Elle ne veut plus entendre parler de cet homme qui venait de la trahir de la façon la plus cruelle qui soit. Il l’avait blessé dans l’amour qu’elle lui porte.
Christel retourne en région parisienne, le cœur en morceaux. Elle se laissera aller dans les bras de son compagnon de voyage, n’attendant plus grand-chose de la vie. Ce n’est pas honnête pour l’homme à ses cotés, mais elle est morte à l’intérieur, il l’a tué!
Jamais plus elle n’aura de ses nouvelles à lui, jamais plus elle n’aura l’occasion de se disputer avec lui, ni même de l’entendre parler. Bien des fois, elle arpentera les rues de Pontivy à la recherche de cet homme, espérant intérieurement le retrouver.
Les années passent, elle ne le revoit jamais.
La vie s’écoulent, sans saveur. Une fille lui naît, elle quitte le père. Christel s’installe dans un petit bourg des Côtes-d’Armor, achète un bar et laisse la vie s’écoulée, sans en attendre quoi que ce soit.
Un jour semblable aux autres, derrière son bar, elle écoute un jeune homme lui parler de la moto, de Pontivy, de Melran et de choses et d’autres.
- Y avait un mec qui était super dans le moto club de Pontivy!
Christel qui écoutait d’une oreille distraite, s’intéresse à lui.
- Ah, oui?
- Oui, j’ai oublié son nom! Un grand, les cheveux noirs, il avait toujours un blouson rouge et blanc et une écharpe violette.
« Une écharpe violette! » Un bond dans le cœur de Christel!
- Il ne s’appellerait pas Carbu, par exemple?
- Oui, c’est ça! Carbu! Tout le monde l’aimait bien!
- L’aimait bien?
- Ouais! Y’a eu cet abruti de vieux à qui on aurait du supprimer le permis. Carbu était sur la route de Noyal-Pontivy, il allait tourner à gauche, et le mec, il l’a pas vu! Il l’a littéralement fauché! Carbu est mort en retombant au sol.
Dans la tête de Christel, certain mot ne semble pas prendre leur sens. Elle ne peut pas comprendre.
- Et? Demande-t-elle d’une voix blanche.
- Ben, y’avait plus rien à faire!
- Heu… ça c’est passer quand?
- Ouh!!! Il y a déjà plusieurs années! C’était… Heu… En 87, je crois. C’est ça en en juillet 87!
- En juillet 87? Non! Ce n’est pas possible! En juillet… Début ou fin juillet?
Début juillet, elle l’avait vu une semaine auparavant et elle n’avait rien pu dire. Fin juillet, il était déjà trop tard, elle ne pouvait plus rien dire.
- Début, pourquoi? Tu le connaissais?
- Non! Un cri jailli de sa gorge, Non! Je le connaissais… Oui… Attend!
Christel se sert un whisky et l’avale cul sec!
- Je le connaissais, oui! Finit-elle par dire d’une voix blanche. Comment est-il…
Il lui ai impossible de sortir ce mot infâme de sa bouche. Mot qui vient de détruire à jamais tout espoir, toute attente. Ce mot qui à lui tout seul vient de lui déchirer l’âme, qui lui crie de se laisser aller au désespoir, à l’abandon final.
- Je viens de te le dire! Un con qui ne l’a pas vu et qui l’a fauché comme de rien.
- Ha! Oui! Excuse moi! Je…
- Tu le connaissais plus que bien, on dirait!
Christel respire un grand coup, secoue la tête, retiens les larmes, il n’est plus le temps de pleurer, elle est en colère!
Personne n’a pris la peine de la prévenir. 5 Années se sont écoulées et personne de la bande n’a jugé utile de la prévenir de la mort de Carbu!!!
Elle enrage, elle aimerait fermer le bar, là, tout de suite, prendre le volant et les retrouver. La vie ne fait que très rarement ce que l’on veut qu’elle fasse.
La porte du bar s’ouvre et une dizaines de jeunes gens en goguette entre bruyamment.
Christel soupire, se recompose un visage, un visage calme et serein. Elle a besoin de travailler et le bar ne va pas tourner tout seul.
Vingt ans se sont écoulées depuis le départ de Carbu, pourtant, dans un coin de sa tête, au chaud dans son cœur, survit toujours Carbu.
22:06 Publié dans redaction | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : carbu, fin, de, l'histoire



Commentaires
bises, j'ai du retard sur ton texte, je vais rattraper doucement, merci, amitiés
Ecrit par : a. | lundi, 26 novembre 2007
c'est triste et ça suinte la vraie histoire ,, l'auto biographie en gros, c'est marrant , tu sais que j'aimais suivre cette histoire qui me rappelait ma jeunesse, et il m'ai arrivé le même genre de chose avec un motard, mais oublié car ne valant pas le coup comme Carbu, de plus c'était mon premier amour de jeunesse, mais le jeune homme ne s'est pas tué , heureusement....
Et elle était petite et brune et moi grande et blonde...
au revoir ma "glantine" merci pour ces moments forts qui me font un peu m'évader.
Ecrit par : azazel | mardi, 11 décembre 2007
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