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dimanche, 20 juillet 2008

Rencontre sur internet

 

-« Minuit! Zut! Je vais encore avoir une mine de papier mâché! » Mariam ferme précipitamment ses applications, coupe les conversations du net et s’empresse d’éteindre l’ordinateur. Encore une soirée perdue à discuter avec des internautes qu’elle ne connaît pas, qu’elle ne connaîtra probablement jamais et qui ne lui seront d’aucune utilité le jour où elle aura besoin d’aide. Elle sait qu’elle a tort de se comporter de la sorte, qu‘à son âge, ce n‘est pas sérieux

Son travail, assez physique, commence sérieusement à en pâtir. La fatigue se fait sentir de plus en plus, les journées deviennent interminables. Son boulot, qui ne l’avait jamais vraiment passionné, l’épuise d’avantage chaque jour, le peu d’intérêt qu’elle y portait s’estompe à chaque connexion. Dès que ses enfants sont au lit, que son mari lui laisse le champs libre, c’est-à-dire tous les soirs de retransmission de match de football, c’est plus fort que tout, elle se précipite sur l’ordinateur. Là devant l’écran, c’est un autre univers qui s’offre à elle. Entre rêve et réalité, elle explore son monde!

Comme beaucoup, Mariam possède plusieurs blogs: un blog pour écrire des histoires fantastiques; un autre pour écrire des histoires courantes; un autre encore pour faire partager ses humeurs du moment; encore un parce qu’il est de bon ton d’en avoir un chez ce groupement de blog; un quasi inactif parce qu’il vient d’une invitation d’un ami d’un ami du net, un total inconnu en clair; et un dernier dont elle a oublié le nom depuis longtemps. Une heure en moyenne pour vaquer de l’un à l’autre, vérifier les commentaires, y répondre, voir les amis du même groupe, passer sur les blogs des amis venus vous saluer. Puis, Mariam se rend sur tous les forums où elle s’est inscrite. Sautant d’un forum sur la cuisine à un forum sur son acteur favoris, elle laisse à chaque fois un petit commentaire, histoire de bien montrer qu’elle s’implique totalement dans la vie du groupe. Encore une heure de perdue, une discussion ou deux sur tout et sur rien puis, enfin, elle peut se consacrer à sa petite passion: écrire.

L’histoire se déroule dans sa tête et sur l’écran, les doigts courent d’une touche à l’autre, n’écoutant que le texte qui défile dans le cerveau de Mariam. Les personnages prennent vie, évoluent, se battent pour rester dans le récit pendant que d’autre s’aime sans se soucier du bien fonder de leur présence. Mariam s’acharne sur le clavier, se bat contre l’orthographe, sa bête noire depuis tout le temps. Rectifie courageusement les accords, se trompant, renouvelant ses efforts, puis, le texte abouti, elle le poste sur les blogs concernés.

Le chapitre fantastique lui à pris moins de temps à écrire que l’histoire à l’eau de rose qu’elle tente désespérément de mettre en forme. Un conte entre deux jeunes gens qui aiment la moto, qui font tout ce qu’ils peuvent pour s’en sortir alors que plus de la moitié des lecteurs ont déjà compris qu’ils étaient atteint du syndrome de Roméo et Juliette, la seule issue possible est la séparation, peut-être même la mort d’un des deux protagonistes, voir les deux pour faire mélodramatique.

Doucement, faisant le moins de bruit possible, elle pousse sa chaise râle contre elle en se prenant les pieds dans les fils qui courent dans le salon. Il va falloir qu’elle se décide enfin à faire quelque chose pour tout ces câbles, on se croirait dans un magasin d’électricité, enfin, un petit magasin tenu par un commerçant des plus désordonné! Pas question de compter sur son mari pour le faire à sa place, si personne ne lui donne l’idée, elle ne viendra pas toute seule. Le plus silencieusement possible, glissant presque sur le carrelage, Mariam regagne la chambre conjugal. Son mari dort déjà, pourtant les derniers résultats de foot sont tombés il n’y a pas très longtemps!

Mariam a cessé de s’étonner des réactions de son époux; cela fait huit ans qu’elle a compris: elle n’excite plus son homme.. La naissance de leur dernière fille avait mis un terme à leur libido. Au début, elle en éprouvait du chagrins, puis, après bien des tentatives pour le reconquérir, elle s’est fait une raison.

Ce soir, cela fera quatre mois qu‘il ne l‘a pas toucher mots de têtes, fatigue, ou tout autres raisons plus nulles les unes que les autres.

Doucement, elle se glisse sous la couette et moins de cinq minutes plus tard, Morphée la guide dans le labyrinthe des rêves. Comme toutes les nuits, ses rêves l’entraînent dans des mondes étranges et merveilleux, dans des mondes sans soucis, sans problème, dans des mondes où elle est aimée et adorée.

- « Dans cette dernière partie de l’émission, nous écouterons… »

Mariam ne sait pas ce qu’il écouteront, son mari vient de déposer une main rageuse sur le pauvre réveil qui ne fait que son travail. De son coté, le sien est muet, il y a bien longtemps qu’elle ne le mets plus, à quoi ça sert quand on se lève en même temps que l’homme qui s’extirpe avec difficulté de son lit. Craquant et maugréant, il se dirige vers la salle de bain, pendant que sa femme revêt la première chose qu’elle trouve sous la main. Le froid de la nuit la fait frissonner: c’est un crime de les obliger à se lever dès quatre heures du matin.

L’homme avait allumé la cafetière avant de se précipiter sous la douche, l’odeur de café lui soulève le cœur. Sa boisson favorite, mais pas à quatre heure du matin. Pourtant, Mariam s’en verse une tasse, il faut tenir, les odeurs à venir seront encore pire pour son estomac.

Elle n’a même pas encore porté sa tasse à ses lèvres que le mari sort de la salle de bain, pénètre dans la cuisine, s‘installe pour son petit déjeuner, aucun mots ne seront prononcés avant le magasin. Mariam sort aussitôt, elle ne supporte pas de le regarder manger le matin, encore pire que l’odeur du café. Sa chambre est son refuge, le livre son évasion. Bien sur, elle n’a que le temps de lire une dizaine de pages, mais cela lui suffit à se sentir mieux.

Au même moment,les deux époux sont prêt. Le froid de la maison ne leur avait pas menti, dehors s’est pire. Mariam tente de se camoufler dans son manteau, son écharpe et ses gants. Si la chaleur du lit est encore accroché à son corps, dans quelques minutes, elle laissera la place à la réalité du froid. Cinq minutes de marche, les rues désertes, deux rencontres avec des travailleurs de la nuit, ils sont devant la porte de l’épicerie du 1 rue du Commerce. Magasin de proximité qui,malgré la concurrence des grandes surfaces attirent une clientèle éclectique et charmante. Le chiffre est atteint tous les jours, les périmés frais sont raisonnable, ils peuvent s’estimer heureux de leur travail. Et si ce n’était ces levés tôt le matin, tout irait bien.

- « Salut, ça va ce matin? » Le livreur de frais est pareil à lui-même ce matin: heureux de vivre. Toujours content, toujours blaguant, il est même le rayon de soleil de ce début de journée pour Mariam. Elle aime à discuter avec lui, mais l’homme dit qu’on a pas le temps, alors le camion est déchargé en deux temps trois mouvement. Pendant que les deux hommes finissent de remplir les bons de livraison et de réception, Mariam commence de remplir les frigos, comme s’il ne faisait pas assez froid!

- « Allez salut, à jeudi! Et amusez-vous bien! » Le voilà reparti, le magasin devient étrangement silencieux, avec pour seul compagnie, le bruit de moteur des groupes froid. Mariam s’applique dans son rangement. Vite et bien! Son seul soucis, c’est l’odeur des saucissons et des saucisses le matin de si bonne heure. Elle a toujours eu un rapport conflictuel avec la nourriture, donc un travail dans l’alimentaire n’était sans doute pas le plus approprié. Elle a suivit son mari, parce qu’elle avait été élevé dans cette idée. Une femme suit son mari dans ce qu’il fait, dans ce qu’il dit. Et si depuis quatre mois il ne la touche pas, elle ne regardera pas ailleurs pour autant. Elle respecte sa décision et elle attend.

Bien dès fois, en lisant les magasines, il lui ai venu à l’idée qu’elle se trouvait dans l’erreur, mais comment braver une éducation cheviller au corps? Alors, se posant le moins de question possible, elle continue ainsi. Son grand mouvement féministe est dans l‘éducation portée à ses enfants.

Pour l’heure, Mariam est en retard sur son horaire, son amie Rachel vient d’arriver, elle s’occupera du ménage au magasin pendant qu’elle-même retournera chez elle pour s’occuper de ses trois enfants. Accélération, son mari vient de lui faire les gros yeux. Le dernier carton est cassé et posé dans la réserve, le bon de livraison sur le bureau et contrôlé, tout va bien. Il ne lui faudra que dix minutes pour finir au magasin et arriver à la maison. Les enfants dorment encore, il n’est que six heures trente. Mariam s’offre un petit déjeuner devant l’ordinateur. Il ne le sait pas mais elle s’autorise tous les matins une virée sur la toile, et depuis quelque jours, une heure pendant que les enfants font leur devoir à dix sept heures. Elle sait qu’elle se perd dans des rêves, des utopies d’amitiés, rien ne l’arrête. C’est avec joie qu’elle accepte son addiction, ces moments qui lui font oubliés le quotidien et l’ennui profond qui ont fait leur nid en elle.

La lumière de l’écran éclaire le salon, Mariam n’a pas allumé le plafonnier pour ne pas déranger les enfants bien qu’ils dorment tous dans leur propre chambre. La connexion prend son temps, pendant ce temps, elle termine sa tasse de café. La page s’ouvre enfin, quelques messages, probablement, des spams mais qu’importe, elle a quelque chose à lire. Pianotant gaiement sur le clavier, Mariam est partie dans son rêve informatique. Elle consulte le nombre de visiteurs sur ses blogs, autant de victoire personnelle sur la médiocrité de ses journées. Une petite fenêtre s’ouvre dans l’angle gauche de son écran:

- « Bonjour! »
Elle lit l’adresse, elle ne reconnaît ni le nom, ne l’adresse e-mail, la prudence lui conseille de tout fermer, ce qu’elle fait sans se poser plus de question et continue à voyager dans son monde.
- « Bonjour! » lance alors une petite voix ensommeillée. Mariam se retourne, sa petite dernière se tient sur le pas de la porte du salon, les pieds nus et se frottant les yeux. En deux clics et trois mouvement, l’ordinateur est coupé, Mariam retourne dans sa vie de tous les jours.

 

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