mercredi, 26 septembre 2007

VOLTAIRE

Quiconque parvient vous faire croire des

absurdités à le pouvoir de vous faire

commettre des injustices.

 

 

VOLTAIRE

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dimanche, 26 août 2007

POUR ATTENDRE

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LA PATIENCE VIENT MIEUX A BOUT DES ENTREPRISES QUE LA FORCE!

 

PLUTARQUE!

dimanche, 15 juillet 2007

Margaret

Un petit intermède pour parler, à mots couverts d'un événement survenu chez moi, une tristesse de plus dans la vie. Je voulais, par le truchement de ce blog, rendre hommage à cette gentille victime que je connaissais; mais aussi à toutes les victimes de part le monde, toutes celles qui ne demandaient qu'à vivre!c661a09bc5fe1e421b61a8219e364b36.jpg

Le souffle court!

 

La première chose que l’on remarque chez elle, ce sont ses longs cheveux blonds et frisés qui lui tombent en cascade sur ses frêles épaules.

Puis sa démarche difficile interpelle l’attention. Ses longs cheveux balayent son dos au rythme de la claudication dans un mouvement de balancier irrégulier.

Margaret peinait sur les pavés qui, aujourd’hui, décorent tous les trottoirs des villes. Quelle idée saugrenue!

Son pas racle le sol inégal, elle doit faire très attention à ne pas tomber. Deux chutes cette semaine en rentrant, c‘est bien suffisant!

A chaque fois, ses joues pâles viraient au rouge, elle avait tellement honte de son handicap!

Margaret se dit qu’elle doit passer à l’épicerie avant de rentrer, elle n’a plus de jus d’orange pour le petit déjeuner. Perdue dans ses pensées, elle avance, son pied butte encore. Margaret soupir! Cela ne s’arrêtera jamais!

De ses grands yeux marron surchargés de bleus, elle regarde la rue, les vitrines, les gens. Elle regarde tant qu’elle le peut encore. Bientôt, son médecin l’avait averti, elle deviendrait aveugle. La maladie avance sournoisement en elle.
Que peux faire une jeune femme de vingt-quatre ans aveugle, ne pouvant ni marcher correctement, ni faire quelque chose des ses dix doigts?

La nature a été bien cruelle envers elle! Chaque heure, chaque minute qui passe, elle maudit la génétique qui l’avait réduite à ce qu’elle est aujourd’hui. A l’annonce de sa cécité prochaine, Margaret avait cru devenir folle. D’ailleurs, elle l’était devenue!

Sa pharmacie recelait assez de médicament pour tuer un cheval! Elle avait avalé des tas de médicaments, les choisissant au hasard. Si le cheval mourrait dans son délire, Margaret, dans la vie de tous les jours avait été sauvé et avait passé un mois complet dans une unité psychiatrique. On l’avait mis dehors, avec deux ou trois anxiolytiques, des rendez-vous chez un psychiatre et des bons conseils pour l’avenir. Les gendarmes l’avaient entendu, mais étaient resté discret. Elle les en remerciait encore.

Pourtant ce n’est pas dur de comprendre que la seule chose qu’elle désire: c’est être normale, avoir un mari pour s’occuper d’elle, une maison où elle serait protégée, mais pas d’enfants, elle ne voulait pas leur faire subir ce que sa mère lui avait fait subir. Elle ne voulait pas faire souffrir des enfants comme souffriront ses neveux et nièces. Sa sœur avait été bien égoïste de mettre au monde des bouts de vie en sachant ce qu’ils devraient affronter tout au long de leur existence. En sachant qu’ils finiront au mieux dans un fauteuil, au pire, comme elle, aveugle et recluse!

La pharmacie! L’épicerie est en face. Rapidement, Margaret traverse la rue, les passages pour piétons sont aussi pavés. Ses chaussures neuves vont encore en avoir les marques. Elle pénètre dans le magasin sans s’arrêter, les portes s’ouvrent automatiquement, quand elles ne sont pas, tous simplement, ouvertes en grand.

Elle passe devant la caisse, le gérant est là, il lance un bonjour sans sourire, elle lui répond en souriant. Ce n’est pas qu’il soit méchant, il ne sourit pas c’est tout! Il suffit de le connaître, et Margaret le connaît, à force de le voir. Sa femme est dans les rayons, elle discute avec une cliente. Autant l’homme est taciturne, autant la femme est accueillante, toujours un petit mot gentil pour ses clients et surtout un grand sens de l’écoute. Jamais, elle ne s’était permise de la juger pour le geste insensé, elle lui avait simplement dit de venir la voir quand elle ne se sentait pas bien, qu’elle prendrait le temps de lui parler.

C’est pour cela que Margaret aimait discuter avec elle. C‘était aussi une des rares commerçantes à avoir pris de ses nouvelles quand la force de vivre l’avait abandonné.

La jeune femme rend le signe que la gérante vient de lui adresser. Elle aurait aimé que la quadragénaire ait le temps de parler avec elle. Mais visiblement, l’autre cliente ne la lâchait pas, elle parlait sans même remarquer que la gérante ne l’écoutait plus et tentait d’approcher la jeune fille.

Mais Margaret a promis de rentrer tôt, sa sœur doit l’appeler, peut-être mangeront-elles ensembles? Alors, avec un léger regret, elle quitte le magasin, son jus d’orange sous le bras.

A peine a-t-elle franchie le seuil de son appartement, que le téléphone sonne. Margaret se précipite et le décroche juste avant que le répondeur se mette en marche.

- Allo?

- Margaret?

- Oui!

- Tu es d’accord pour venir manger avec nous? Je sais que tu ne t’entends pas très bien avec Jo, ces derniers temps, mais ça me ferait plaisir.

- Pas de problème! Je suis là dans une heure, le temps de me changer, ça te va? Les enfants vont bien?

- Oui, ça me va et oui, les enfants vont bien! Je t’attends dans une heure! A tout de suite.

- A tout de suite.

A l’autre bout, sa sœur a déjà raccroché, Margaret regarde son combiné téléphonique comme s’il était devenu un instrument étrange et maléfique. Puis se lève brusquement, met son jus d’orange dans le réfrigérateur et se précipite dans sa chambre. Une douche rapide, il a fait chaud aujourd’hui, une tenue propre et elle est prête! Elle claque la porte derrière elle, la ferme à clé et se rend chez sa sœur.

Brian l’intercepte dans la rue.

- Margaret?

- Brian? Qu’est-ce que tu fais là, je te croyais retourné chez toi?

- J’avais envie de te voir, tu me manques?

- Je n’ai plus d’argent! Tu le sais!

- Allez, s’il te plait! Juste dix ou vingt, pas grand-chose!

- Je te dis que je n’ai plus rien! Je t’ai déjà tout donné! Je n’ai plus rien! Laisse moi tranquille! Je vais manger chez ma sœur!

Brian quitte Margaret à l’approche de la maison cossue. Il ne veut pas risquer de se retrouver nez à nez avec le beau-frère de sa future petite amie.

La soirée est délicieuse et Margaret a presque oublié cet empêcheur de tourner en rond de Brian. Elle discute tranquillement avec sa nièce, Abigaïl, des futures études de cette dernière. Rien ne trouble ce moment, sauf la sonnerie agaçante du téléphone. C’est pour Margaret!

- Allo? Ah! C’est toi! Qu’est-ce que tu veux?

La conversation est courte, Margaret raccroche.

- Désolée, je dois y aller, lance-t-elle à la ronde.

- Mais tante Margaret…commence Abigaïl.

- Je reviendrai demain, et nous finirons notre conversation, promis, ma chérie.

Margaret dépose un bisou sur la joue de sa nièce et quitte la maison.

C’est la dernière fois qu’Abigaïl verra sa tante vivante!

Un appel anonyme signalera une femme en détresse au 5, rue de la rose trémière. A son arrivée, l’adjudant-chef Chan ne pourra que constater le décès de la jeune handicapée. Elle a été assassinée de sept coups de couteau dans le torse, quatre dans le dos, trois devant.

L’homme coupable de ce crime sera appréhendé quelques jours plus tard.

Son motif: Aucun d’après lui.

La drogue selon la police.

Son enfance malheureuse selon les psychiatres

Il n’a pas fait ça, selon sa famille.

Pourtant, Margaret est morte, ses grands yeux marron ne deviendront jamais aveugle, son pas ne buttera plus sur les pavés de la petite ville.

Sa nièce ne finira jamais cette conversation entamée avec sa tante, d’ailleurs depuis la découverte du corps, elle ne parle plus.

Qui nous rendra cette jeune fille au cœur pure qu’elle était, qui n’hésitait pas à ouvrir la porte à moins malheureux qu’elle?

Comment gère-t-on ce genre de mort quand on est de l’extérieur?

 

Juste un petit texte en mémoire de Valérie, morte mercredi 4 juillet 2007 de sept coups de couteau, jeune fille discrète qui n’a eu que le tord d’ouvrir sa porte à la mauvaise personne.